Edito: La variable énergie

L’énergie est une source d’expansion pour les entreprises béninoises, une source qui est dans les mains des autres. Aujourd’hui, la mise en place des stratégies de résolution de la crise énergétique constitue un impératif perçu par tous les Etats africains. C’est d’ailleurs pourquoi, toutes les grandes institutions économiques et financières intervenant sur le continent ont commencé à y consacrer une part de ressources non négligeable. De la disponibilité énergétique dépend en grande partie la renaissance industrielle. Et sans renaissance industrielle, il est évident que le développement économique lui-même serait un mirage aux alouettes. Autrement dit, il faut à nos Etats un nombre suffisant d’unités industrielles pour lutter contre la pauvreté et surtout assurer une croissance économique solide et durable. Les pays émergents d’aujourd’hui en avaient fait leur crédo il y a une cinquantaine d’années, en prenant des mesures hardies, toujours difficiles mais porteuses à long terme, pour créer les conditions de cette renaissance industrielle. Un pays comme l’Inde est allé jusqu’à agir sur son système éducatif dans les années 1960, pour obliger ses élèves et ses étudiants à être des inventeurs et des créateurs. Il s’agit bien évidemment de choix de politique largement porté par les acteurs politiques qui étaient convaincus que le pays n’avait aucune chance de sortir de la spirale des famines désastreuses et des épidémies auxquelles il avait été habitué. Souvenez-vous, en ces années 60 et 70, l’Inde était caractérisée par ces calamités qui décimaient en des temps records enfants, femmes et vieillards. Le pays finit par décider de réorienter son système éducatif et son système productif et même commercial vers son industrie. Si vous avez des amis à New Delhi, Bombay ou Calcutta, ils peuvent vous dire qu’aujourd’hui le pays produit presque tout et que les importations y sont difficilement acceptées. Tout à fait le contraire chez nous.      Ce que je veux dire à travers cette longue digression, c’est que l’industrie est au cœur du développement économique. C’est qu’aussi longtemps que notre industrie nationale fera partie du dernier de nos soucis, aussi longtemps que nous serons à la traine sur ce volet, il n’y a aucune chance pour nous de sortir de l’ornière. Et si l’énergie constitue un facteur incontournable de cette renaissance, il faut que nous voyions même dans la résolution de la crise énergétique les moyens de renforcer le potentiel industriel béninois.  Et là est le problème. Nous sommes tous convaincus que le Bénin ne dispose pas d’entreprises industrielles capables d’agir dans le secteur énergétique, en dehors de servir à monter quelques panneaux ou des lampadaires solaires dans nos rues. Nous sommes convaincus et nous avons tort. Nous avons tort parce que les ressources à engranger dans ces grands projets se trouvent par exemple dans la production des panneaux eux-mêmes et la fabrication des poteaux métalliques servant aux lampadaires. Il est évident qu’il y a au Bénin des entreprises spécialisées dans ces différentes productions, des entreprises qui voient passer sous leurs nez des milliards de FCFA offerts à des entreprises étrangères de leur secteur. Un exemple. Lorsque le gouvernement lance son projet « Lumière pour tous » pour fournir des lampes solaires à plus de quatre millions de Béninois, il faut constater simplement que ceux qui gagnent et exécutent ce marché, ce ne sont pas des Béninois. Alors qu’il y a au Bénin des entreprises employant des Béninois, payant leurs impôts et ayant elles-mêmes besoin de ce genre d’expérience pour améliorer leur trésorerie et affronter la concurrence étrangère plus tard. Un autre exemple, le MCA prévoit d’injecter plus de 200 milliards de FCFA pour résoudre la crise énergétique sures cinq années à venir. Quelles seront les entreprises qui seront recrutées pour réaliser ces travaux ? Mon souhait le plus ardent, c’est que la majorité d’entre elles soient d’origine béninoise, c’est-à-dire celles qui emploient des Béninois et paient des impôts chez nous. Un dernier exemple et j’en aurai fini. Sur quelques 7000 écoles primaires recensées au Bénin, seules 20 % sont électrifiées. Le gouvernement lance bientôt un vaste programme d’électrification de ces écoles. Mon souhait, là aussi, c’est que ce soit des entreprises béninoises qui gagnent ces marchés. Et la raison est toute simple. Si nous voulons renforcer le tissu industriel chez nous, nous devrons instituer dans nos politiques des règles de préférence nationale qui favorisent nos entreprises. Et cela est particulièrement dans le secteur énergétique.

Par: Olivier ALLOCHEME

Source : L’Événement Précis


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