Boissons : avec « Tambour », le sodabi conquiert les bars à cocktail

Tambour, la marque de liqueur ouest-africaine traditionnelle

En misant sur la qualité et un design très étudié, deux Américains sont en passe de faire de cette liqueur ouest-africaine traditionnelle un incontournable des bars à cocktail. Et ce grâce à leur marque dénommée « Tambour » qui se fournit auprès de paysans béninois.

Simple liqueur traditionnelle de vin de palme largement consommée dans les rues du Bénin, du Togo et du Ghana, le sodabi est en passe de devenir un alcool haut de gamme. Désormais, c’est dans les réceptions données par les ambassades et dans les bars branchés de Cotonou et de Lomé qu’on déguste ce breuvage fort en alcool – 45 degrés -, à la couleur ambrée et au goût sucré, incorporé aux meilleurs cocktails.

Un succès imposant pour ce vin du paysan

À l’origine de cette envolée, Eric Newton, un volontaire américain des Peace Corps, et son compatriote Jake Muhleman, diplômé du MIT. À l’occasion d’une visite, Eric apporte à son ami, alors étudiant dans une école de commerce française et allergique à la bière, une bouteille du breuvage villageois. Séduit, ce dernier décide d’en faire son projet de fin d’études et conçoit un business plan.

Une levée de fonds plus tard, les deux amis s’installent au Bénin, mènent les premiers essais et se font livrer par cargo des alambics européens. En 2013, ils ouvrent leur petite usine près de l’aéroport et créent la marque Tambour, reconnaissable au design très étudié de son flacon. Intransigeants sur la qualité de la sève fournie par des palmeraies de Lokossa et de Zè, les entrepreneurs revisitent la recette traditionnelle en y ajoutant près de 400 ingrédients, dont le miel et l’hibiscus. La bouteille est vendue 9 000 F CFA (13 euros).

La liqueur, qui vieillit durant trois mois dans des cuves, respecte toutes les normes internationales de distillation. Et pour permettre aux arbres de se régénérer, les deux fondateurs mettent au point une technique qui, plutôt que d’abattre le palmier, consiste à ne prélever qu’un tiers de la sève.

En 2015, la boisson gagne la médaille d’argent de la prestigieuse San Francisco World Spirits Competition devant les whiskys écossais Johnny Walker Red Label et Johnny Black Label. Misant sur la notoriété du concours américain, les deux entrepreneurs entendent étendre la commercialisation de leur liqueur au Nigeria, au Cameroun et dans les bars de New York pour en faire un standard des cocktails internationaux, à l’instar de la tequila mexicaine.

Une belle revanche pour le sodabi, reconnu dans la tradition vaudoue pour ses nombreuses vertus, mais que le pouvoir, qui juge sa consommation dangereuse pour la salubrité publique, a souvent été tenté d’interdire.

Par: Rémy Darras

Source : Jeuneafrique


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