Cameroun – Présidentielle Gabonaise: Le Social Democratic Front (SDF) émet «de sérieux doutes sur la sincérité des résultats proclamés»

Membres de la Commission Electorale Nationale Autonome Provisoire (CENAP)
Le principal parti de l’opposition camerounaise se prononce sur la crise post-électorale qui a cours au Gabon. Jean Robert Wafo, ministre en charge de l’information et des médias, a pris sa plume pour le 2 septembre 2016 pour commenter la situation dans ce pays voisin du Cameroun.

Il fustige l’organisation de cette élection qui n’autorise pas comme au Sénégal ou au Bénin la publication rapide des résultats sortis des urnes. L’adjoint au maire de Douala 3e est convaincu que «c’est l’arrivée tardive des PV du Haut-Ogoué qui a permis les ajustements nécessaires qui ont permis au président sortant de distancer son adversaire d’une courte avance». Il explique que c’est ce qui a suscité l’exigence dans cette province d’un recomptage des voix bureau de vote par bureau de vote, exigence formulée par Jean Ping, les États-Unis et l’Union européenne par la voix de sa chef de la diplomatie.

Voici dans son intégralité sa réaction

Ce qui se passe actuellement au Gabon n’avance pas du tout la démocratie en Afrique centrale. La principale cause de ce conflit est la non-mise sur pied d’un processus électoral consensuel incluant un mécanisme qui donne les résultats des élections, aussitôt le vote terminé dans les bureaux de vote.

Des pays comme les États-Unis et le Nigéria qui ont un potentiel électoral 100 fois supérieur à celui du Gabon ou encore le Sénégal ou le Bénin ont résolu ce problème en introduisant le vote électronique qui est de loin moins onéreux que le dispositif actuel du Gabon et du Cameroun et qui favorise la proclamation plus rapide des élections. Pour dissiper tout soupçon de fraude lors du décompte des voix après le vote des électeurs, les pays africains, notamment ceux d’Afrique centrale, gagneraient à adopter le vote électronique pour réduire le délai de proclamation des résultats à au plus 12h après la clôture du scrutin dans les bureaux de vote, comme cela se fait dans les pays que je viens de citer.

Le fait que les PV provenant de la province d’origine d’un candidat surtout qu’il s’agit du président sortant soient arrivés tard dans la nuit après l’heure prévue pour le début de la proclamation officielle a jeté de sérieux doutes sur la sincérité des résultats proclamés par la CENAP. Dans de telles circonstances, le problème sérieux qui se pose n’est pas seulement qui a gagné, mais davantage comment il a gagné puisque la pomme de discorde actuelle porte sur une province sur neuf à savoir le Haut-Ogoué, dont est originaire le président sortant qui est crédité, de 99,93% de voix avec un taux de participation de 95%. Ce que conteste le candidat Jean Ping qui estime que Ali Bongo a certes gagné, mais avec un score de 87% contre 13% en sa faveur. Sur ce point, il est difficile de donner du tort à ceux qui pensent c’est l’arrivée tardive des PV du Haut-Ogoué qui a permis les ajustements nécessaires qui ont permis au président sortant de distancer son adversaire d’une courte avance. C’est ce qui a manifestement motivé l’exigence dans cette province d’un recomptage des voix bureau de vote par bureau de vote, exigence formulée par Jean Ping, les États-Unis et l’Européen par la voix de sa chef de la diplomatie.

Parlant de la prétendue ingérence de la communauté internationale, on ne saurait passer le temps à s’endetter auprès de la communauté internationale et estimer qu’elle n’a pas le droit de s’exprimer sur une élection à laquelle on l'a conviée. Surtout qu’elle ne s’est pas invitée d’elle-même et de force. Ce sont les autorités gabonaises qui ont accrédité les différents observateurs étrangers. Le Gabon n’est pas en marge du monde. S’il y a un danger sérieux ou une menace grave susceptible d’embraser un pays avec un fort risque d’effet domino sur la sous-région dont fait partie ce pays, il est normal que des pays ou des organisations internationales qui entretiennent des relations avec ce pays s’expriment quand cela va dans le sens de la résolution pacifique du conflit. Ces pays et ces organisations ont leur rôle dans le paysage politique mondial.

À ceux qui prennent comme exemple la crise ivoirienne où le rôle de la communauté internationale a été décrié, on ne saurait s’appuyer sur des faits passés déplorables et décriés commis par un pays ou une organisation internationale pour justifier une éventuelle forfaiture électorale. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas recompté les voix en Côte d’Ivoire qu’on ne devrait pas l’imposer au Gabon. Ceux qui pensent qu’on aurait dû l’imposer en Côte d’Ivoire pour un règlement pacifique du conflit doivent être cohérents dans leur logique en exigeant que le procédé qu’ils revendiquaient hier soit enfin appliqué au Gabon. C’est une question de bon sens. La faute commise ne crée pas le droit. Pour terminer sur ce chapitre, il ne faudrait surtout pas oublier que l’acte de naissance qui a mis un terme au débat sur la nationalité gabonaise d’Ali Bongo a été produit par la France. Les xénophobes ne doivent pas avoir la mémoire courte.

Pour ce qui concerne l’attitude du candidat Jean Ping qui appelle ses partisans à descendre dans la rue, dire que cet appel est condamnable sans tenir compte du contexte politique ne résout aucun problème. S’il y avait au Gabon un processus électoral consensuel avec des institutions en charge des élections crédibles et neutres, cette condamnation aurait été logique.

Malheureusement en Afrique centrale, surtout, le processus électoral est taillé à la mesure des présidents sortants. Toutes les institutions importantes dans les mécanismes de dévolution du pouvoir politique sont à la solde du président sortant et de son appareil politique. Tout ce qui est voté par le Parlement est imposé à l'opposition par la nomenklatura régnante. Que reste-t-il à faire à l’opposition en cas de victoire volée? Faire des requêtes tout en ayant conscience qu’elles n’ont pas la moindre chance de prospérer ou assister passivement au détournement de sa victoire ? Le Président John F. Kennedy disait fort à propos que quand on rend impossibles les évolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes.

Il ne reste plus qu’à souhaiter un dénouement positif pour la paix souhaitée qui semble malheureusement de plus en plus s’éloigner avec les derniers événements notamment l’attaque du QG du candidat Jean Ping qui a fait des morts. L’inviolabilité du QG d’un candidat à une élection est sacrée en démocratie. Le Cameroun doit tirer les leçons de la présidentielle Gabonaise afin de ne pas toujours donner à la face du monde l’image d’un pays incapable d’intégrer la démocratie et la bonne gouvernance politique dans une Afrique centrale manifestement maudite. Un processus électoral inclusif et consensuel est la seule issue durable à même d’empêcher que notre pays ne sombre un jour dans une guerre civile. En plus de l’instauration d’un scrutin à deux tours et de la mise sur pied de la biométrie totale qui intègre le vote électronique dans les bureaux de vote afin que les résultats soient rendus public au plus tard 12 h, après, le vote, il faudrait passer du régime présidentialiste ou semi-présidentialiste actuel à un régime parlementaire ou semi-parlementaire, pour ne pas que le pays soit totalement bloqué à la suite d’une élection présidentielle chaotique. Il faudrait également que soit mis sur pied le Conseil constitutionnel.

Inscrite depuis 20 ans dans la loi fondamentale, cette institution est extrêmement importante dans les mécanismes de dévolution du pouvoir politique notamment en cas de vacance du pouvoir.

Jean Robert WAFO
Ministre du «shadow cabinet» du SDF chargé de l’information et des médias.

Source : Cameroun Info

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