Les visages du pouvoir en 2017

(Crédits : Moncef Kasmein / Shutterstock)

Rarement sur le continent, une année n’aura été aussi électorale. Le constat est un euphémisme et les chiffres y apportent le crédit pour en témoigner. Pour l’année 2016 qui égrène ses derniers instants, les urnes auront parlé dix-sept fois pour désigner la plus haute personnalité de l’Etat. Leur verdict aura apporté de nouvelles têtes ou permis à d’autres de se maintenir sur le fauteuil du pouvoir. Revue d’effectif des nouveaux dirigeants africains avec lesquels il faudra composer pour l’année 2017.

« Cela semble impossible, jusqu’à ce qu’on le fasse». Les échos de ces mots de Nelson Mandela ont dû résonner en Gambie comme les débuts d’un rêve brisé. Celui de voir partir le fantasque Yahya Jammeh, maître incontesté de Banjul pendant 22 ans d’un règne autocratique et sans partage sur le «State House». Pourtant au lendemain de la présidentielle, les Gambiens avaient accompli en partie leur rêve avec ce surprenant coup de fil de Jammeh pour concéder sa défaite à son rival Adama Barrow.

C’est en effet à la surprise générale que les Gambiens ont mis leurs billes dans le panier d’Adama Barrow, candidat indépendant de huit partis d’opposition à la présidentielle du 1er décembre. Mais jusqu’au bout, le maître de Banjul aura conservé son imprévisibilité. Le rêve gambien se transforme en télénovela ponctuée de rebondissements surprenants.

Une semaine après le coup de fil de la «délivrance», l’autocrate en boubou blanc opère une palinodie, conteste les résultats et demande un recomptage puis dépose un recours devant une cour suprême désertée par ses juges. Le pays s’enlise dans une crise post-électorale et l’homme au spectre reste sourd aux appels de la communauté internationale. Adama Barrow, président élu attendra encore pour porter pour la postérité, le titre de «tombeur de Yahya Jammeh». A l’heure d’écrire ses lignes, la situation n’avait toujours pas trouvé d’issue.

Ce tableau gambien tranche avec la situation du Ghana. La troisième tentative sera la bonne pour Nana Akufo-Addo. A la présidentielle du 07 décembre 2016, cet avocat a finalement pris sa revanche sur John Dramani, son vainqueur à la présidentielle de 2012. L’histoire retiendra qu’avec son entrée au « Flag Staff House », Nana Akufo-Addo deviendra le premier fils d’un ancien président à devenir président du Ghana.

La poudrière gambienne

L’exception gambienne mise à part, l’Afrique de l’ouest confirme sa place de région où la transition démocratique est la mieux ancrée sur le continent. Au Bénin, cette transition s’est faite au forceps avec l’élection en avril 2016 de l’homme d’affaires Patrice Talon. L’arrivée du nouveau locataire du Palais de la Marina marque la fin des ambitions de son ami Thomas Boni Yayi de se maintenir au pouvoir par une réforme constitutionnelle qui devait lui permettre de rempiler pour un troisième quinquennat après une décennie à la tête du pays. Patrice Talon arrive au pouvoir avec la promesse d’inscrire dans la constitution béninoise l’élection du président pour un seul et unique mandat. La doctrine Talon aurait sans doute fait des émules dans la région si elle avait été prêchée un mois plus tôt.

Au Niger, Mahamadou Issoufou est resté impavide face au boycott de l’opposition au second tour de la présidentielle de mars. Résultat, Zaki (signifiant «lion» en langue haoussa) s’est fait réélire avec plus de 92% des voix face à son rival, Hama Amadou, l’ancien président de l’assemblée nationale qui a dû faire campagne depuis sa cellule où il avait été incarcéré pour une sombre affaire de «trafic de bébés». Loin de tout trafic dans la transition démocratique, le Cabo Verde, loué pour la régularité de l’alternance, a choisi la continuité dans la transparence. A l’issue de la présidentielle d’octobre marquée par un fort taux d’abstention, José Carlos Fonseca, le président sortant garde pour les cinq ans à venir son fauteuil du Palais du Plateau pour continuer à faire rayonner cet archipel d’Afrique de l’ouest considéré comme un «modèle de démocratie» et de bonne gouvernance.

Les mêmes visages ornent les portraits officiels est-africains

En Afrique du nord, l’année électorale a été assez calme. Au Maroc, le Parti de la justice et du développement (PJD, de droite à référentiel islamique) a remporté les élections législatives d’octobre 2016. Mais Abdelilah Benkirane, chef de ce parti et chef du gouvernement sortant, n’obtient pas la majorité absolue et doit composer avec plusieurs autres partis pour former une coalition gouvernementale.

En Afrique de l’est, les mêmes visages continuent d’orner les portraits officiels. En Ouganda, l’immarcescible Yoweri Kaguta Museveni a été réélu en février pour un cinquième mandat au State House de Kampala.  A 73 ans, «M7» comme on le surnomme, entame avec l’année 2017, sa 31ème année au pouvoir dans ce pays qui n’a jamais connu d’alternance politique depuis son indépendance en 1962. A Djibouti, l’inoxydable Ismaïl Omar Guelleh a été réélu dès le premier tour avec une confortable avance, pour son quatrième quinquennat, après avoir dirigé ce pays d’Afrique orientale pendant 17 ans.

Pour Afrique centrale et l’Afrique de l’est, la transition a été un luxe en 2016. La Centrafrique fait exception à ce constat en choisissant d’élire en février, Faustin Archange Touadéra, qui incarne le visage du changement et l’espoir de reconstruire un pays ravagé par une guerre ethno-civile et religieuse. Outre la parenthèse centrafricaine, la tendance a plutôt été au maintien par la force ou par «tripatouillage» constitutionnel. Au Congo, les opposants Guy Brice Koléas et le général Jean-Marie Makoko ont dû s’arracher les cheveux en apprenant, en mars, la réélection contestée à un troisième mandat de Denis Sassou Nguesso qui cumule 32 ans au pouvoir. «Otchouembé» (lutteur traditionnel) de son surnom, n’a pas eu besoin de faire le tour de l’arène politique pour trouver son secret de jouvence : une réforme constitutionnelle en 2015 pour se présenter l’année suivante, et une présidentielle anticipée, l’ont conforté sur son «trône» du Palais du peuple.

Au Tchad, Idriss Déby Itno n’a pas eu besoin de ce subterfuge. A 65 ans dont plus de 25 au pouvoir, le général-président candidat à sa propre succession a enfoncé le clou de son cinquième mandat dès le premier tour de la présidentielle d’avril. Sans doute pour apaiser la virulente contestation qui accueillit sa réélection, il a promis d’inscrire la limitation du nombre de mandats présidentiels dans la constitution.

La transition démocratique, un luxe en Afrique centrale

En Guinée Equatoriale, Teodoro Obiang Nguema garde son record de chef d’Etat encore en exercice au règne le plus long en Afrique. La «panthère aux aguets» qui cumule 37 ans au pouvoir va entamer sa 38ème année avec sa réélection en avril avec plus de 93% des voix. S’il achève ce septennat, Teodoro Obiang battra le record du plus long règne d’Afrique détenu par feu Omar Bongo Ondimba qui a fait 41 ans au pouvoir. La deuxième tentative a été la bonne pour Evaristo Carvalho élu en août au second tour de la présidentielle à Sao-Tomé-Et-Principe. Une semaine auparavant, la commission électorale lui a fait une belle frayeur en le proclamant président avant de réajuster les résultats avec le vote des résidents à l’étranger pour le contraindre au second tour. Dans l’entre-deux-tours, son rival, le président sortant s’était retiré de la course dénonçant des fraudes. Seul candidat en lice, il avait été élu président de cet archipel de l’Atlantique sud dans le Golfe de Guinée.

Au Gabon, Ali Bongo Ondimba (ABO), a validé le ticket de son deuxième mandat au scrutin à tour unique en août avec une courte tête. Mais l’opposition réunie autour de la candidature de Jean Ping a dénoncé des fraudes massives notamment dans le fief familial des Bongo où le président sortant rafle la mise avec une participation quasi-stalinienne de 99,95%. L’annonce de la victoire d’Ali Bongo est accueillie par des émeutes meurtrières et des mouvements de guérilla urbaine. La communauté internationale retient son souffle, l’Union européenne quant à elle réclame un recomptage des voix «bureau de vote par bureau de vote».

Finalement, l’affaire est traitée par la cour constitutionnelle du pays qui confirme la réélection d’Ali Bongo tout en révisant les scores à la faveur du président. Jean Ping continue de se proclamer président élu du Gabon mais il semble que l’affaire soit pliée après la prestation de serment d’ABO.

En République démocratique du Congo, Joseph Kabila, qui a pris en 2001 la succession de son père surnommé le «tombeur de Mobutu», a-t-il besoin de leçon d’Histoire ? Au pouvoir depuis bientôt 16 ans, il ne compte pas libérer son fauteuil au Palais de la Nation. Son second mandat qui a rencontré une forte contestation, devait s’achever le 19 décembre. Mais Joseph Kabila veut opérer le glissement jusqu’en avril 2018 en faisant signer à une partie de l’opposition, un accord politique qui accrédite ses ambitions. Même s’il a nommé un premier ministre issu d’une frange de l’opposition, des mouvements citoyens et certains partis d’opposition sont décidés de l’éjecter de son fauteuil. Partira ou partira pas, telle est la question !

Par : Ibrahima Bayo Junior

© La Tribune Afrique


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