Le vaudou résiste à la modernité et au foisonnement des églises évangéliques

Cérémonie vaudou à Ouidah le 10 janvier, jour officiel de célébration au Bénin

Ancienne tête de pont de la traite négrière, la ville béninoise de Ouidah, berceau du vaudou, organise le 10 janvier de chaque année un «festival vaudou». Au Bénin, cette religion animiste résiste au temps et à la concurrence des religions «modernes», notamment des églises évangéliques qui foisonnent actuellement en Afrique de l’Ouest. Un culte également très présent dans la caraïbe et au Brésil.

Ouidah organise depuis 1996 en janvier son festival vaudou, qui attire des milliers d’adeptes venus de tout le golfe de Guinée. Cette religion traditionnelle africaine très présente dans l’ancien royaume du Dahomey, a longtemps été une forme de résistance culturelle à la colonisation et à l’esclavage, une religion observée secrètement, intégrant souvent des figures du panthéon chrétien.

Cérémonie vaudou Ouidah 10 janvier 2016
Cérémonie vaudou, Ouidah 10 janvier 2016 © Stephan Heunis/ afp

Vodoun, en langue Fon parlée dans le sud du Bénin, signifie «ce que l’on ne peut élucider» ou encore «esprit». Comme toute religion, ce culte des esprits offre à ses fidèles une mythologie sur l’origine du monde, les lois de la nature, les relations sociales.

Culte des esprits
Les cérémonies rythment les grands évènements de la vie: naissance, passage à l’âge adulte, deuil. Les rituels consistent en offrandes, sacrifices, louanges suivis de chants, de danses et de breuvages secrets destinés à provoquer des transes favorisant la communication avec les esprits.

Le sacrifice d’animaux permet de concrétiser cette relation entre l’humain et la divinité qui délivre des messages. Les fétiches intercèdent, par l’art de la magie, pour des guérisons, une demande de réussite ou de justice…

Religion longtemps interdite
Sous le président béninois Mathieu Kérékou, le vaudou a été réprimé, pour son caractère «obscurantiste», «rétrograde», «fétichiste» voire lié à la «sorcellerie». Les 17 ans de régime «marxiste» (de 1972 à 1990) n’ont pas pour autant empêché les dépositaires du culte vaudou de continuer à pratiquer leur religion.

C’est le président chrétien Nicéphore Soglo qui, en 1990, a redonné au vaudou ses lettres de noblesses et fixé la date du 10 janvier pour célébrer l’ensemble des religions traditionnelles africaines.

Grands prêtres vaudou procession dans roues Ouidah 10 janvier 2016
Grands prêtres vaudou, procession dans les roues de Ouidah au bénin, le 10 janvier 2016 © Reuters: Akintunde Akinleye

Les statistiques officielles au Bénin indiquent 27% de chrétiens, 22% de musulmans et 37% d’animistes, mais en réalité la religion vaudou se perpétue, y compris parmi les catholiques. «Je suis sincèrement chrétien, mais cela ne m’empêche pas d’être attaché à la religion de mes ancêtres, le vaudou. Pour moi, cela n’est pas incompatible», confie un homme d’église.

Religion syncrétique 
«Chez nous, confie un universitaire, rien n’empêche d’aller à la messe le matin, de consulter un féticheur l’après-midi et d’invoquer tel dieu vaudou la nuit venue.»

Longtemps interdit, le vaudou a intégré des figures du christianisme pour survivre. «Le vaudou, c’est souvent une mauvaise interprétation des rites chrétiens. Mais c’est une philosophie qui fait partager joie et tristesse. Ce n’est pas du tout de la sorcellerie», dit le père Pierre Marie, aumônier de la communauté haïtienne en France.

Le vaudou est parfois une façon pour les plus éduqués de renouer avec leurs traditions et culture africaines, bousculées par des siècles d’islamisation, d’évangélisation, de colonisation.

Cérémonie officielle religion vaudou Ouidah 10 janvier 2016

Religion officielle depuis 1996 au Bénin, le vodou est célébré le 10 janvier chaque année à Ouidah© Stephan Heunis/ afp

«Ce n’est pas l’aspect religieux qui prédomine pour moi. Le vaudou, c’est une éducation, un comportement, une façon d’appréhender le monde. C’est un rythme extraordinaire, une musique qui chante et crie la révolte des esclaves, et nous fait redécouvrir nos propres racines», expliquait dans la revue « Le Nouvelliste » la musicienne guadeloupéenne Marianne Mattéus.

Au Bénin, comme ailleurs en Afrique, l’évangélisation a été spectaculaire mais assez superficielle. «Ici, déplore un pasteur évangélique, la chrétienté s’apparente à un large fleuve qui aurait la profondeur d’une flaque.»

Concurrence des églises évangéliques
Les centaines d’églises évangéliques et pentecôtistes qui poussent un peu partout dans le pays tentent de concurrencer le culte vaudou: Eglise de la pleine mission, Mission évangélique de la foi internationale, Eglise de la foi agissante… Il n’existe pas un quartier, un village, qui n’accueille pas son église favorisée par la venue dans le pays des missionnaires nigérians ou ghanéens, ayant peu à peu remplacé les évangélistes américains.

Mais dans cette région, située sur une ligne de fracture religieuse, qui va du Sénégal à la Somalie, les églises évangéliques ont avant tout pour fonction de stopper l’influence de l’islam radical qui travaille la région.

© France Tv Info


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