Editorial : Le faux pas d’Alassane Séidou

Le gouvernement n’apprend pas de ses erreurs. Le comportement de certains de ses membres chargés de trouver une issue à la crise qui couese le secteur de la santé envenime davantage la situation. Vendredi dernier, le ministre d’Etat chargé du plan et du développement, encadré par ses collègues de la santé et de la fonction publique, annonçait avec un air triomphant, la fin de la grève déclenchée depuis le 30 août 2017 dans le secteur sanitaire. L’attitude du ministre est d’autant plus curieuse qu’aucune porte de sortie n’avait été auparavant entérinée par le gouvernement et les partenaires sociaux. Se fondant sur l’offre de l’Exécutif, Abdoulaye Bio Tchané a cru devoir lever de son propre chef la motion de grève. Outrés par cette attitude, les responsables syndicaux ont enfoncé le clou et demandé aux travailleurs de rester campés sur leur position. Hier, c’était le tour du ministre de la santé de s’attirer la foudre des agents en grève.

Sans le vouloir peut-être, Alassane Séidou a mis de l’huile sur le feu. Sa sortie médiatique de ce mardi 7 novembre est carrément inopportune. Dans un secteur aussi sensible que celui de la santé où les hôpitaux publics tournent au ralenti depuis deux mois, le ministre devrait avoir à cœur la recherche des voies et moyens pour conjuguer cette grève qui n’a que trop duré au passé. En principe, une autorité de sa trempe sur qui pèsent des responsabilités aussi grandes ne devrait pas occuper son temps à donner des réponses à des préoccupations futiles divulguées par la rumeur. Seule doit compter pour lui la reprise du travail dans les hôpitaux et centres de santé publics. Malheureusement, le ministre, au lieu d’intensifier les négociations après le flop occasionné par le ministre d’Etat en charge du plan et du développement, en rajoute à la crise. 
En s’attaquant aux syndicats, Alassane Séidou ne réussira qu’à les faire dresser davantage contre le gouvernement, alors que le moment prête beaucoup plus à l’assouplissement des positions de part et d’autre. En prenant à témoin l’opinion, le ministre de la santé estime que les engagements et diligences à l’actif du gouvernement relatifs au paiement des arriérés de primes de motivation et de risque suffisent pour que les travailleurs capitulent. Son « étonnement » et sa « déception » face à la poursuite des mouvements de grève appellent de sa part une remise en cause des méthodes et attitudes adoptées jusque-là. Mais lorsque le ministre prend plaisir à répondre à des prétendues « contrevérités » alors qu’il est conscient que cela ne mettra pas un terme aux mouvements de grève persistants, il aurait dû s’abstenir de jeter les syndicats en pâture à l’opinion.

Pis, le ministre est allé plus loin en soulignant que « l’Etat ne saurait continuer d’utiliser les ressources du contribuable pour payer les salaires et primes à des agents qui refusent délibérément d’accomplir leur devoir ». Malicieusement, il fait planer sur la tête des travailleurs des menaces à peine voilées. Dans son rôle, le ministre feint d’oublier que c’est parce que le gouvernement faillit à ses devoirs, l’Etat étant par ailleurs une continuité, que les travailleurs ne veulent pas démordre avant d’obtenir des gages suffisants. Le discours devrait être apaisant, conciliant et non menaçant. Des vies humaines sont sacrifiées chaque jour à cause de ce bras de fer qui ne finit pas. Le ministre ne saurait se dédouaner en exprimant ses « regrets » et sa « compassion à toute la population pour les dommages causés ». Ici et maintenant, il est appelé à changer de paradigme. Car, la santé et la vie humaine n’ont pas de prix.

Par : Moïse DOSSOUMOU

© Fraternité


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