Bénin : vers une grève générale qui risque de paralyser le pays

Façade extérieure de la cour d'appel d'Abomey en grève

Le front social est en ébullition au Bénin et risque de s’embrasser les prochains jours. Le secteur de la justice est paralysé depuis ce lundi par une grève des magistrats et les syndicats de la santé se préparent à débrayer dès la semaine prochaine. Les différents syndicats s’élèvent contre l’adoption par le Parlement d’une loi leur retirant le droit de grève. Le mouvement des syndicats risque de s’étendre aux autres secteurs de la fonction publique, avec le scénario d’une paralysie totale de l’administration, mais aussi de l’économie du pays.

Le président Patrice Talon va devoir faire face à une nouvelle fronde sociale en ce début d’année durant laquelle il a pourtant promis d’accélérer la mise en œuvre du programme d’actions de son gouvernement. Ce lundi, les magistrats béninois ont entamé un mouvement de grève sans service minimum qui se poursuivra jusqu’au vendredi prochain et qui est «tacitement reconductible» dès la semaine prochaine, à l’appel de l’Union nationale des magistrats béninois (UNAMAB).

La semaine dernière, ce sont les agents de l’administration judiciaire qui avaient donné le top départ d’un mouvement de contestation qui risque de se poursuivre les prochains jours. A l’issue d’une assemblée générale, plusieurs syndicats du secteur de la santé ont en effet aussi décidé de partir en grève générale dès le 15 janvier prochain.

A l’origine de cette fronde, l’adoption le 28 décembre dernier, par le Parlement, d’une loi retirant le droit de grève à une certaine catégorie de fonctionnaires, notamment les agents de la santé, ceux de la justice ainsi que les douaniers, gendarmes et policiers.

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Les différents syndicats entendent faire pression sur le gouvernement afin que ce dernier annule les nouvelles dispositions régissant le droit de grève qui leur est garanti par la Constitution et honorer plusieurs engagements qu’il a souscrits dans les protocoles d’accord signés en fin 2017 après déjà plusieurs jours de grève.

Bras de fer

Pour l’heure, le gouvernement ne semble pas vouloir fléchir, malgré l’ampleur de la fronde. Afin d’atténuer l’impact de la grève des magistrats sur le fonctionnement de l’administration, le ministre de la Justice a décidé de réquisitionner certains agents, ce que le syndicat de la corporation juge aussi «illégal».

Face d’ailleurs au tollé général provoqué dans les différents secteurs sociaux, le ministre de la Justice a brandi une jurisprudence de la Cour constitutionnelle de 2011 confortant le gouvernement dans sa décision. «La Cour constitutionnelle en 2011 a dit que par le pouvoir législatif, l’Etat peut interdire le droit de grève à des secteurs déterminés en mettant dans la balance les intérêts professionnels», s’est justifié Joseph Djogbénou.

En attendant la décision de la Cour constitutionnelle qui doit se prononcer sur la loi avant son entrée en vigueur, les différents syndicats concernés par la mesure n’entendent pas baisser les bras et envisagent d’entraîner dans leur mouvement d’autres secteurs. De quoi s’attendre à un débrayage de plus grande ampleur qui risque de paralyser l’administration béninoise et surtout l’économie du pays.

L’année s’annonce donc décisive pour Talon qui a déjà fait face, l’année dernière, à une levée de boucliers contre certaines de ses réformes socio-économiques et dont la mise en oeuvre se poursuivra les prochains mois.

Par :  Aboubacar Yacouba Barma

© Tribune Afrique


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