Bénin : le bras de fer se durcit entre Patrice Talon et les syndicats

Rencontre entre le gouvernement béninois et les partenaires sociaux le 6 février 2018.

«Une rencontre Talon et syndicats pour rien!» s’exclame René Ahouansou dans une tribune publiée dans La Nouvelle Tribune. «Sur les deux rencontres qui ont eu lieu jusqu’ici, le mardi30janvier et le jeudi 2 février 2017, rien d’important n’a été obtenu. Après le dialogue de sourds qui a caractérisé la rencontre du mardi 30 janvier, c’est le statu quo qui résume celle de vendredi 2 février», constate La Nouvelle Tribune. En clair, voilà comment la presse béninoise résume les dernières tentatives de résolution de la crise sociale qui secoue le pays depuis plus d’un mois. Le mouvement est en effet suivi partout dans la fonction publique : ministères, hôpitaux et écoles. D’autant plus que si aucun chiffre officiel n’a été communiqué, on sait que le coût de ces grèves s’annonce particulièrement élevé. À l’origine de la contestation: le Parlement béninois a voté le 28 décembre 2017 une loi controversée qui exclut notamment du droit de grève les militaires, gendarmes, policiers, ainsi que le personnel de la santé et de la justice.

Bénin, un monde syndical encore très puissant

La loi a été défendue début janvier par le président Patrice Talon, évoquant des «choix qui, quoique difficiles, sont nécessaires au redressement d[u] pays». «Il faut encore que l’Etat, dans son organisation, dans sa gestion, dans son administration et dans le comportement de ses agents rende attrayant et compétitif notre environnement économique et social», a-t-il dit lors de la cérémonie des vœux aux présidents d’institutions et aux corps diplomatiques.

Alors que la majorité des Béninois a le regard tourné vers le palais présidentiel à Cotonou, où le chef de l’Etat Patrice Talon et son gouvernement enchaînent les réunions et les dialogues en vue de désamorcer la quasi-paralysie de l’administration, rien ne semble s’apaiser sur le front social. Les centrales syndicales prenant leurs décisions au compte-gouttes. «Nous souhaitons vivement que cette rencontre du président avec les leaders syndicaux puisse aboutir à un consensus favorable pour le dégel de cette crise sociale, qui a déjà trop duré», a confié Xinhua Barnabé Dossoukpèvi, un administrateur civil à la retraite, pour qui cette paralysie de l’appareil administratif depuis plusieurs semaines a de lourdes conséquences pour l’économie béninoise.

Le pays paralysé économiquement

Avec cette grève générale, «l’Etat béninois aurait déjà enregistré d’énormes conséquences, non seulement sur le plan économique avec le ralentissement de l’appareil productif de l’Etat, mais aussi des morts dans les hôpitaux pour manque de soins et une dépravation aggravée des mÂœurs dans les milieux scolaires et universitaires, faute des fermetures des classes», a-t-il déploré. Pourtant, le contexte économique semble retrouver une certaine vigueur sur les deux piliers de l’économie béninoise, à savoir le coton et le port autonome. Le FMI annonceune prévision de croissance de6% pour le pays d’Afrique de l’Ouest en 2018.

Toutefois, l ‘économie du Bénin est fortement dépendante du Nigeria voisin (20% du PIB), géant pétrolier d’au moins 180 millions d’habitants. Le Nigeria, qui avait fortement souffert de la chute des prix du pétrole, et sa lente sortie de la récession, pourrait bénéficier plus rapidement que prévu au Bénin, pays dont le secteur informel emploie 90% de la population active selon la Banque mondiale.«Nous estimons que le Bénin pourrait augmenter l’efficacité de ses investissements de 55% en moyenne, avec le même montant investi, en améliorant la gouvernance de ses projets d’infrastructures», a tout de même averti Christine Lagarde en décembre dernier.

Patrice Talon ne fait pas l’unanimité sur le plan social

Depuis plusieurs semaines, les secteurs de l’éducation, de la santé et de la justice sont fortement perturbés par des grèves lancées par les syndicats qui réclament en filigrane une amélioration de leurs conditions de travail. Ils sont également préoccupés par les menaces qui pèsent, selon eux, sur les responsables syndicaux, notamment la radiation d’un capitaine des eaux et forêts pour faute professionnelle et l’emprisonnement d’un autre leader syndical dans une affaire de corruption et de pot-de-vin.

Ouvertes depuis le 30 janvier dernier, les négociations entre le gouvernement et les centrales syndicales se sont soldées le 5 février par un échec au terme de plusieurs heures d’âpres négociations.

Pour le secrétaire général de la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin (CSTB, la plus représentative), Kassa Mampo, cette première session extraordinaire de la Commission nationale permanente de concertation et de négociation collective gouvernement-syndicats n’a produit aucun résultat «concret».

Il a déploré le fait que les membres du gouvernement n’aient pu apporter de réponses aux points inscrits à l’ordre du jour, dont la question des libertés, le relèvement du salaire minimum, la hiérarchisation des salaires et la revalorisation du point indiciaire, l’application du statut particulier des enseignants du primaire et du secondaire ou encore la coordination entre le Fonds national des retraités du Bénin (FNRB) et la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). «Aujourd’hui, nous n’avons pas les moyens de prendre des engagements pour 700 milliards sur dix ans. Il ne serait pas responsable de prendre des engagements illusoires», a affirmé un communiqué publié par la direction de la communication de la présidence mardi tard dans la soirée. Le gouvernement a toutefois mis en place une Commission pour étudier les demandes des syndicats, qui doit rendre un rapport le 15 février.

Très attendu sur le front social en interne, le président Talon sait que la communauté internationale, notamment le FMI, l’attend aussi sur ce terrain. Lors de sa visite début décembre au Bénin, sa directrice générale, Christine Lagarde, a loué les efforts du gouvernement pour assainir les finances publiques. Avec un bémol : dépenser plus pour le social. «J’y serai attentive», avait-elle déclaré. Le président Patrice Talon, ancien homme d’affaires qui a fait fortune dans le coton, a signé l’année dernière un emprunt de 150 millions de dollars avec le FMI pour lancer son programme «Bénin révélé», visant à restructurer l’économie de ce pays d’Afrique de l’Ouest.

Son gouvernement a liquidé plusieurs sociétés d’Etat, notamment dans le secteur de l’agriculture, et prévoit de confier au privé la gestion d’entreprises publiques et parapubliques régulièrement montrées du doigt pour leur inefficacité dans les secteurs de l’eau, de l’électricité, des télécommunications… Un tournant libéral qui n’est pas du goût de tous et les mouvements sociaux se multiplient.

© Le Point


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