Référendum : Le signal de Talon attendu

Le président du Bénin, Patrice Talon, lors de l'Assemblée mondiale de la Santé (Genève)

Le chef de l’Etat béninois, Patrice Talon est à la croisée des chemins. Conduira t-il ou non le Bénin au référendum pour amender la constitution du 11 décembre conformément à la demande du Parlement ? Bien malin qui pourra y répondre.

A quelques jours du 1er août 2018, date du 58ème  anniversaire de l’accession du Bénin à la souveraineté internationale, soit plus de deux ans après son entrée en fonction, le chef de l’Etat, Patrice Talon, se trouve à un tournent décisif de sa présidence. Il a engagé avec succès le pays sur la voie de la normalité, structuré une économie désarticulée, dépolitisé l’administration, renfloué les caisses du Trésor public, réussi à fermer les circuits de l’argent indûment perçu, rapproché l’administration de l’administré par la désignation de nouveaux chefs-lieux, réformé plusieurs secteurs vitaux, fait reculer l’insécurité, inculqué la notion de travail bien fait, démantelé  des réseaux de fraudes dans le service public…etc. Son prochain challenge,  l’amendement constitutionnel par voie référendaire, le laisse cependant dubitatif et très hésitant. La façon dont Patrice Talon va conduire ce chantier risqué au cours des prochains jours, voire prochaines semaines pourrait apparaître comme un signal fort pour le reste de son mandat. Cela pourrait démontrer l’étendue de son pouvoir politique, l’état de ses relations avec les forces politiques et sociales du pays et surtout le niveau  de sa popularité. Peut-être qu’il enverra le signal fort avant les vacances gouvernementales du mois d’août et à cet effet, beaucoup attendent  de connaître le contenu de son discours à l’occasion de la célébration du 58ème anniversaire de l’indépendance du Bénin. Pour un président de la République qui a un programme aussi ambitieux pour révéler le Bénin, on devrait deviner, à part quelques surprises, la substance de son discours. Mais, on ne peut rien dire d’avance sur la question du référendum si ce n’est pas pour s’en remettre à des indiscrétions provenant, pour la plupart, de son premier cercle.  Les mêmes échos sont sortis de la rencontre que le premier citoyen a eue, le week-end écoulé  avec les maires. D’une indiscrétion à une autre, c’est à croire que le chef de l’Etat porte ses doutes, ses réserves, mais aussi sa certitude sur l’issue du projet.  Pendant que certains lui font croire qu’il s’agit d’un piège à éviter, d’autres le persuadent de la réussite du challenge.  Au regard de tout ce qui se dit, rien n’est clair sur le choix que fera le patron de La Marina. Alors que la majorité de ses partisans est déjà en campagne pour susciter une adhésion massive en faveur du « Oui »,  et qu’au même moment le Bloc pour la majorité présidentielle orchestre toutes les manœuvres politiques à l’Assemblée nationale pour modifier la loi portant conditions de recours au référendum, Patrice Talon a une décision difficile à prendre. Doit-il suivre ses partisans ou renoncer au projet? S’il décide de suivre son camp, cela veut dire qu’il veut faire un pari risqué. En étant conscient, il n’avait pas souhaité  que l’amendement passe par la voie référendaire, mais plutôt par le vote des 4/5 des élus à l’Assemblée nationale. Les ténors  du Bmp l’avaient rassuré sur cette issue avant  le vote qui a eu lieu  le 5 juillet  2018 au Parlement. Mais hélas. Les 4/5 (66 députés sur 83) n’étaient pas réunis comme l’exige l’article 155 de la Constitution. (Article 155 : la révision n’est acquise qu’après avoir été approuvée par référendum, sauf si le projet ou la proposition en cause a été approuvée à la majorité des 4/5 des membres composant l’Assemblée). Au lieu des 66 voix espérées, le projet d’amendement constitutionnel a été accepté par les 3/4 des députés, soit  62 ‘’oui’’. Conformément à l’article 154 le projet doit être soumis au peuple qui en décidera.

Les prochains jours seront déterminants

En cette période d’angoisses et de rudes épreuves où, le chef de l’Etat béninois a l’historique devoir de faire un choix décisif entre le « Non » et le « Oui »,  une partie de l’opinion estime que Patrice Talon pourrait reculer. Ce qui donnera des arguments aux opposants, qui militent à visage découvert pour un « Non ». Entre les arguments des adversaires à l’amendement constitutionnel et les sirènes des partisans du « Oui », où situer la population? Il y a  beaucoup de gens qui ont voté pour l’actuel chef de l’Etat  en 2016 parce qu’il a présenté de nouvelles idées et parce qu’ils voulaient mettre fin aux méthodes Yayi. Ils ont soutenu le candidat de la rupture parce qu’il a l’air plus réfléchi et  convaincant, mais aussi parce qu’il  présente un tempérament pour gouverner un pays. Il y en a qui l’ont soutenu pour d’autres raisons. La question qu’il faut se poser aujourd’hui est celle-ci : peut-il toujours compter sur ces soutiens? Au sein de l’opinion publique, certains indiquent que le président de la République doit éviter de commettre une erreur s’il considère les résultats de 2016 comme un feu vert pour opérer tous les changements.  Or, ce sont les mêmes qui l’ont élu espérant qu’il apporte des changements en profondeur dont la révision de la Constitution. L’amendement constitutionnel, le système partisan  ainsi qu’une série de réformes font partie du programme progressiste de Patrice Talon sur la base duquel il a été élu. Alors qu’il en a fait une question de grande importance,  il n’a pour le moment pas réussi la révision constitutionnelle parce que cela ne dépend pas que de lui seul. Contrairement aux autres réformes, il ne pourra pas réussir l’amendement constitutionnel sans le large soutien du peuple. Pour avoir cette adhésion, va-t-il lui expliquer dans son discours du 1er août les motifs de cette entreprise ? Les jours à venir au cours desquels le président de la République ne manquera pas de rebattre ses cartes permettront de savoir l’attitude qu’il adoptera, non seulement vis-à-vis du peuple, mais aussi à l’endroit de toute la classe politique. L’objectif pour lui, comme il l’a promis lors des campagnes présidentielles, c’est d’aller au-delà des lignes partisanes.

© Le Matinal


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